Paris embarrassé par les arrestations d'opposants tchadiens au régime d'Idriss Déby

Publié le par Comité de soutien aux opposants tchadiens

Lorsque, le 5 février, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a demandé à Idriss Déby de faire en sorte qu'il n'arrive pas malheur aux membres de l'opposition politique tchadienne arrêtés pendant l'attaque de la rébellion armée contre la capitale, N'Djamena, le président tchadien a répondu : "Ne m'emmerdez pas, je fais la guerre !" Le sort des trois dirigeants de l'opposition politique tchadienne arrêtés début février dans des conditions non éclaircies, au moment où les combats faisaient rage dans N'Djamena, restait, mardi matin 12 février, des plus incertains.

Ces trois personnes détenues par le pouvoir tchadien sont Lol Mahamat Choua, ancien président de la République et figure de proue d'un accord de dialogue politique conclu en août 2007 entre l'opposition et le pouvoir tchadien sous l'égide de l'Union européenne; Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de partis d'opposition tchadiens, la Coordination pour la défense de la Constitution (CPDC) ; et Ngarlejy Yorongar, un des opposants les plus anciens au régime d'Idriss Déby.

Leur détention, qui se déroule dans des conditions extra-judiciaires, n'a fait l'objet d'aucune condamnation publique de la part de la France. Les prises de position des responsables du Quai d'Orsay ont consisté, dans un premier temps, à expliquer qu'ils ne disposaient pas d'informations au sujet d'éventuelles arrestations. Puis, à partir du vendredi 8 février, ils ont mis en avant les démarches françaises pour que les prisonniers puissent faire l'objet de visites du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mardi matin, les autorités tchadiennes n'avaient toujours pas confirmé publiquement ces détentions.

Le choix français de s'en tenir à un langage très feutré, visant à ménager la relation avec le pouvoir tchadien, tranche avec les déclarations faites, lundi à Bruxelles, par le commissaire européen au développement, Louis Michel. Celui-ci a exigé "la libération immédiate" des militants politiques arrêtés. Bruxelles, a-t-il ajouté, "suit avec une inquiétude croissante les conséquences négatives" des combats au Tchad "sur le plan de la réconciliation intérieure, à la suite de l'arrestation de représentants charismatiques de l'opposition politique républicaine".

DÉSARROI DES FAMILLES

Paris a fait le choix d'intervenir discrètement, sans mettre en cause de façon publique le pouvoir tchadien. Dans le secret, les autorités françaises ont "mis en sécurité, dès le début de la crise", deux responsables d'organisations de défense des droits de l'homme tchadiennes, font remarquer les diplomates.

Les officiels français se défendent en privé d'avoir été inactifs, même s'ils reconnaissent que leurs démarches n'ont eu, à ce jour, qu'un effet limité. Le CICR a pu avoir accès à la prison centrale de N'Djamena, mais les trois opposants ne s'y trouvaient pas. Paris a demandé que d'autres centres de détention puissent être visités. "Nous avons bon espoir que cela sera le cas aujourd'hui", commentait-on au Quai d'Orsay mardi matin.

Les familles des opposants expriment de leur côté un grand désarroi. "Je n'ai aucune nouvelle de mon père. Personne de ma famille ne sait ce qu'il est devenu ni pourquoi il a été arrêté", a déclaré, lundi, au Monde, Khassim Lol, l'un des fils de Lol Mahamat Choua. "Nous sommes très inquiets, en particulier s'agissant de Ngarlejy Yorongar, qui aurait été torturé", déclarait-on au siège de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), à Paris. Et d'ajouter : "Ce sont des arrestations arbitraires. Le président Déby peut prendre prétexte de la situation militaire pour éliminer l'opposition politique et les responsables de la société civile."

De son côté, le CICR se dit particulièrement inquiet du sort de nombreux blessés lors des combats au Tchad qui ont été placés dans des lieux de détention éparpillés. "Nous visitons les lieux de détention, mais il y en a de nombreux à N'Djamena et nous ne sommes pas sûrs de tous les avoir vus", indiquait-on, lundi, au siège du CICR, à Genève.

Publié dans FRANCE ET TCHAD

Commenter cet article