L'inquiétude des militants des droits de l'homme au Tchad

Publié le par Comité de soutien aux opposants tchadiens

La répression au Tchad après l'attaque rebelle contre N'Djamena au début du mois a conduit plusieurs militants des droits de l'homme à fuir le pays ou à entrer dans la clandestinité, selon les milieux associatifs.

"Nous savons avec certitude que les forces de sécurité du gouvernement tchadien se sont rendues au domicile de plusieurs militants des droits de l'homme à N'Djamena", a déclaré à Reuters un spécialiste du dossier, qui a requis l'anonymat de crainte de représailles.

"Il n'y a plus personne sur place pour faire le travail et surveiller l'évolution de la situation", a-t-il ajouté, évoquant notamment l'impossibilité de dresser un bilan précis des combats du début du mois.

"La conséquence, c'est qu'on ne sait rien de ce qui se passe et que l'armée et le gouvernement peuvent faire tout ce qu'ils veulent."

L'organisation panafricaine de défense des droits de l'homme RADDHO, dans un communiqué, affirme que des dirigeants de l'opposition tchadienne et des militants associatifs ont été arrêtés ou sont contraints de se cacher depuis les affrontements dans la capitale.

Des affirmations démenties par le ministre de l'Intérieur, Mahamat Ahmat Bachir.

"Ce n'est pas vrai, ces gens mentent. La police mènent ses opérations habituelles. Nous menons des perquisitions pour trouver des armes cachées et des rebelles en fuite, c'est tout à fait normal après une guerre", a-t-il dit.

"Des membres d'associations humanitaires sont toujours ici, tout comme des dirigeants de partis politiques. Si certains activistes veulent rester à l'écart et semer la confusion, c'est leur problème", a ajouté le ministre.

"DES TEMPS DRAMATIQUES"

On est sans nouvelle de deux chefs de l'opposition emmenés de chez eux le 3 février, juste après les combats dans la capitale et le départ des rebelles. Leurs formations politiques, tout comme la France, l'ancienne puissance coloniale, ont demandé au gouvernement de N'Djamena des informations sur leur sort.

Dans un communiqué publié mercredi, le parti FAR/PF dénonce l'arrestation de son chef Ngarlejy Yorongar et les "tentatives de meurtre contre ses proches collaborateurs, notamment son chauffeur et des membres de sa famille".

Yorongar avait été le rival malheureux du chef de l'Etat, Idriss Déby, à la présidentielle de 2001.

Les opérations des forces de sécurité ont également visé des membres de l'ethnie des Goranes proches de Mahamat Nouri, qui dirige le groupe rebelle UFDD, a-t-on appris notamment auprès de Daniel Deuzoumbe, président de l'organisation Droits de l'homme sans frontières (DHSF) au Tchad.

Ce dernier a déclaré par téléphone à Reuters qu'il avait lui-même fui le Tchad après avoir appris l'arrestation de plusieurs dirigeants de l'opposition. Des proches lui ont rapporté que des soldats tchadiens à sa recherche s'étaient rendus chez lui plusieurs fois depuis lors.

"C'est la première fois depuis la prise du pouvoir par le président Déby en 1990 que tous les dirigeants de groupes de défense des droits de l'homme prennent la fuite. Ça ne s'était jamais vu. Nous vivons des temps dramatiques", a ajouté Deuzoumbe.

Plusieurs journalistes de publications indépendantes ont également pris la fuite et trois journaux ont décidé de ne pas paraître tant que sera maintenu l'état d'urgence décrété le 14 février par les autorités.

Alistair Thomson et Catherine Evans, version française Guy Kerivel

Publié dans SOUTIENS POLITIQUES

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