Human Right Watch accuse le gouvernement tchadien d'être responsable de la disparition de membres de l'opposition

Publié le par Comité de soutien aux opposants tchadiens

undefinedL'organisation américaine de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW), qui a mené une enquête au Tchad sur la disparition de deux responsables de l'opposition, affirme que ces derniers ont été arrêtés par les forces gouvernementales de sécurité dimanche 3 février. Trois grandes figures de l'opposition tchadienne ont disparu le 3 février lors de l'offensive sur N'Djamena des rebelles, qui voulaient renverser le président Idriss Déby Itno. Parmi elles, l'ancien chef de l'Etat Lol Mahamet Choua, président du comité de suivi de l'accord du 13 août 2007 en vue du renforcement du processus démocratique au Tchad ; porté disparu pendant dix jours, les autorités ont finalement annoncé que M. Choua avait été "retrouvé vivant" et qu'il était détenu comme "prisonnier de guerre", sans plus de détails.

Mais Ibni Oumar Mahamat Saleh, ancien ministre et porte-parole de la CPDC, la principale coalition de l'opposition tchadienne, n'a pas réapparu, ni le député Ngarlejy Yorongar, une des plus anciennes figures de l'opposition, malgré les déclarations du ministre de l'intérieur tchadien qui a affirmé qu'il avait"fait son apparition, jeudi soir, à son domicile" et laissé entendre qu'il se cache. Djindor, le frère du député, a fermement démenti.

"Notre enquête laisse peu de doute sur le fait que c'est le gouvernement qui les a pris, et nous tenons le gouvernement pour entièrement responsable de leur état de santé et leur retour en toute sécurité", a affirmé Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique de Human Rights Watch, dans un communiqué rendu public mardi 26 février.

"DISPARITIONS FORCÉES"

 

Alors que les autorités tchadiennes affirment que ce sont les rebelles qui contrôlaient les quartiers où les deux hommes ont disparu le 3 février, HRW souligne au contraire que "dans chaque cas, les forces de sécurité du gouvernement ont réaffirmé avoir le contrôle total des quartiers en question avant le moment auquel, selon les témoignages, les arrestations ont eu lieu".

Dans les deux cas, des témoins oculaires ont décrit les mêmes scènes aux enquêteurs de l'ONG : des hommes en uniforme, avec insignes aux couleurs du drapeau tchadien et véhicules caractéristiques de l'armée ont fait irruption au domicile de chacun des deux opposants, et les ont emmenés sans ménagement. HRW craint que les deux hommes ne soient victimes de "disparitions forcées", ces enlèvements politiques non revendiqués courants sous les dictatures militaires en Amérique latine dans les années 1970-1980, pratique reconnue comme un crime par une convention internationale des Nations unies en 2006.

 

Georgette Gagnon appelle le gouvernement tchadien a "avouer publiquement où se trouvent Yorongar et Ibni". "Ils devraient être relâchés immédiatement, ou inculpés d'un crime, et tous leurs droits doivent leur être reconnus, dont le droit d'avoir accès à un avocat et de prendre contact avec la famille, le droit de faire l'objet d'un examen médical, ainsi que le droit à une audition devant un juge impartial afin de déterminer la légalité de leur détention." 

 

Vendredi, le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a conditionné la venue de Nicolas Sarkozy au Tchad au sort des opposants, indiquant qu'une escale du président de la République lors de son voyage officiel en Afrique du Sud, les 28 et 29 février, supposait que "la lumière" soit faite sur le sort des disparus.

Lundi, le ministre délégué de la défense tchadien, Hassan Saleh Algadam Al Djined, s'est montré évasif sur le sort de Ngarlejy Yorongar :"Ce monsieur a disparu [alors que régnait] le désordre. En ce moment, je n'ai pas d'information précise sur ce sujet", a déclaré le ministre, appelant Nicolas Sarkozy à venir voir "lui-même" ce qui se passe dans le pays. 

Le Monde.fr

 

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