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«Le gouvernement tchadien ne peut pas faire n’importe quoi» - Libération

Publié le par Comité de soutien aux opposants tchadiens

Hier à N’Djamena, Sarkozy a abordé la question des opposants disparus.

Comment soutenir un régime contestable, accusé de graves violations des droits de l’homme, sans le cautionner ? Telle était l’équation, en forme de quadrature du cercle, que Nicolas Sarkozy devait tenter, hier, de résoudre en se rendant, pour la seconde fois en quelques mois, au Tchad, sur la route de l’Afrique du Sud. Son escale de quelques heures, en compagnie de Carla Bruni-Sarkozy, qui effectuait à N’Djamena son premier déplacement officiel, est intervenue alors que les ONG tchadiennes accusent les forces de sécurité de nombreuses exactions contre la population, et que le sort de deux des trois opposants arrêtés début février est toujours sujet à caution.

Chasse. Après avoir obtenu, en novembre, la libération des journalistes français et des hôtesses de l’air espagnoles détenus dans le cadre de l’affaire de l’Arche de Zoé, Sarkozy avait promis à son hôte de revenir en visite officielle. Mais c’était avant une énième attaque, début février, des rebelles tchadiens. Soutenus par Khartoum, ces derniers cherchent à en finir avec un Idriss Déby qui a confisqué le pouvoir ainsi que les revenus tirés du pétrole tchadien. Après avoir hésité, Paris a finalement soutenu résolument Déby en lui fournissant une aide décisive sous la forme de munitions et de renseignements. Or à peine tiré d’affaire, le chef de l’Etat tchadien a entamé une chasse aux sorcières qui en dit long sur la nature de son régime.

Des trois dirigeants de l’opposition non armée arrêtés alors par des militaires, seul l’ex- président Lol Mahamat Choua est réapparu. Il a été placé en résidence surveillée mardi. En revanche, l’incertitude demeurait toujours hier soir sur le sort du député Ngarlejy Yorongar et celui du porte-parole de la principale coalition de l’opposition, Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Le président français n’ignore rien de ces dérives du pouvoir de Déby. Mais fidèle à lui-même, il a décidé de se rendre sur place plutôt que de s’abstenir ou reculer devant l’obstacle. Ne pas y aller, affirmait mardi soir l’Elysée, risquait de laisser cette ancienne colonie française «partir à vau-l’eau». Avant de s’envoler pour le Tchad, le chef de l’Etat a reçu plusieurs ONG pour tenter de les rassurer sur les deux principaux objectifs de son déplacement : la relance du dialogue politique inter-tchadien, en vue d’élections démocratiques, et la mise en place d’une commission d’enquête sur la disparition des deux opposants au régime. Apparemment, il ne les a pas convaincues. «Aller là-bas sans avoir de nouvelles, c’est une sorte de caution au président Déby, ndlr», a souligné le secrétaire général du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), Antoine Malafosse. Hier soir, à N’Djamena, Nicolas Sarkozy a assuré que la France voulait «la vérité», ajoutant : «Ce n’est pas parce que le gouvernement du Tchad est légitime qu’il peut se permettre de faire n’importe quoi.» Déby a annoncé une enquête internationale.

Au courant. Depuis le début de cette affaire, Paris, dont les services de renseignement sont très actifs au Tchad, apparaît très embarrassé, affirmant tout ignorer de leur sort. Mais, hier, l’ONG Amnesty international a assuré que le gouvernement français était au courant dès le 11 février du lieu de détention de ces opposants. Le Quai d’Orsay n’a pas formellement démenti cette information. Que dira Paris, demain, si l’on apprend que l’un d’entre eux a été torturé, voire pire ? A N’Djamena, Sarkozy devait aussi évoquer le déploiement en cours de l’Eufor, la force de l’Union européenne chargée de protéger plusieurs milliers de réfugiés du Darfour et de déplacés tchadiens, une initiative voulue et portée à bout de bras par Paris. Enfin, nul doute que le dossier des six membres de l’Arche de Zoé condamnés au Tchad à huit ans de travaux forcés et emprisonnés en France a été évoqué. Après sa victoire contre les rebelles, Idriss Déby avait évoqué publiquement leur possible grâce. Mais l’Elysée, craignant un «mélange des genres» d’un goût douteux, a discrètement demandé à N’Djamena d’attendre encore un peu. Pas sûr que cela suffise à sauver les apparences.

Publié dans SOUTIENS POLITIQUES

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