Massalbaye Ténébaye : “ Nous sommes là pour aider la manifestation de la vérité ”

Publié le par Liberté pour IBNI OUMAR

Massalbaye : “ Nous sommes là pour aider la manifestation de la vérité ”

Le 7 août 2008, par Banhoudel Mékondo Frédéric (CEFOD),

Par décret N°525 du 02 avril 2008, le gouvernement tchadien a mis en place une commission chargée de faire la lumière sur les affrontements de janvier et février 2008 lors qui ont opposé les rebelles aux forces gouvernementales. La société civile y est représentée par deux personnalités. Tchad et Culture a rencontré l’une d’elles, Massalbaye Ténébaye, président de la LDTH et président du comité des enquêtes au sein de la Commission .

Quelles sont les raisons d’être de la commission d’enquête sur les événements de janvier et février 2008 ?

La commission est née des différentes pressions nationales et internationales exercées sur le gouvernement tchadien. Elle tire son origine de l’attaque des rebelles contre N’Djaména vers la fin du mois de janvier, début février 2008. Il y avait eu beaucoup de morts, de blessés, de disparus et d’énormes dégâts économiques. Des personnalités politiques ordinaires et des citoyens sont portés disparus et nous n’avons pas encore leurs traces. L’objectif de cette commission est de faire la lumière sur : la disparition des hommes, politiques ou non, les violations des droits de l’homme et l’état de destruction des biens publics ou privés.

Les Organisations de la Société civile ont d’abord boudé la commission avant de l’intégrer. Quelles sont les raisons de ce revirement ?

Au départ, les Organisations de défense des Droits de l’homme ont boudé la commission d’enquête pour des raisons simples. La première tenait au libellé du décret portant création de la commission. Le décret 324 parlait d’une : « commission d’enquête sur l’agression soudanaise au Tchad ». Une commission d’enquête qui n’a pas établi les faits et dégagé les responsabilités ne peut accuser. Or, ce décret était déjà accusatoire et partisan. Dans ces conditions, la commission n’avait pas sa raison d’être.

Ensuite, au niveau de sa composition, l’Etat Tchadien avait désigné la deuxième personnalité du pays, le président de l’Assemblée, comme président. En même temps, l’Etat qui se présentait comme victime ne peut être juge et partie. Sur le plan éthique, cela n’était pas jouable du tout.

Enfin, on ne voyait pas comment les résultats de cette enquête seront crédibles dès lors que la Société civile, les Organismes internationaux tels le Haut commissariat aux refugiés (HCR), l’Union Européenne, l’Union africaine, les Organisations de défense des droits de l’Homme etc. n’en faisaient pas partie. Et puis, connaissant notre pays, il fallait aussi un regard extérieur. Voila les raisons de notre refus de faire partie de cette commission.

Nous avons réclamé un poste stratégique, la présidence du comité d’enquête. Nous avons également exigé notre présence dans les débats (sur les travaux de la commission et débats politiques) qui vont suivre. N’étant pas présents au sein de la commission, nous ne pouvions valablement discuter avec le président de cette instance. Nous avons obtenu une composition internationale avec la présence de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la francophonie. Nous pouvons donc faire partie de cette commission et travailler en confiance.

Les partenaires que vous citez ne sont que des observateurs

Oui. Mais ce sont les observateurs actifs qui ont mandaté des experts pour travailler avec le comité technique. Ils ne sont pas dans le comité à titre figuratif.

Quel quota vous avez pu obtenir ?

Le décret prévoit huit places pour la société civile dont une place au sein de la commission et six places dans le comité technique. Les deux places revenaient aux collectifs des Adh (Associations des Droits de l’Homme) que je représente ici et à la Casidoh (La Coordination des Associations de la Société Civile et de Défense des Droits de l’Homme). Pour les six places restantes, le décret fixe déjà le quota. Mais, le plus important c’est d’être là pour aider à la manifestation de la vérité. Parce que, en plus des Tchadiens, c’est le monde entier qui attend de savoir la vérité.

Quel poste occupez-vous précisément dans la Commission ?

Au niveau du comité technique, il y a plusieurs sous-comités. Ce sont, entre autres, le sous comité d’investigation à l’extérieur et à l’intérieur du pays, le sous-comité disparition, le sous-comité comprenant des comités ad hoc, crées sur les cas de viol des femmes, les sous-comités sur les conséquences économiques et sociales et bien d’autres. La société civile est bien présente dans le comité technique. Au niveau de la commission d’enquête, la société civile occupe le poste du président du comité des enquêtes. Il ne faut pas confondre la commission des enquêtes qui a un président et le comité des enquêtes qui est la structure technique qui diligente et oriente ces enquêtes. La société civile dirige cette dernière structure. Et c’est justement par rapport à cette responsabilité que nous pensons que notre contribution est importante et elle pourra aider à faire beaucoup de choses.

Que fait concrètement le président du comité des enquêtes ?

Il diligente les enquêtes, analyse les omissions, les traite et essaye de voir si telle ou telle omission nécessite un retour sur le terrain. Il y a des cas avérés d’enlèvements, d’arrestations, de détentions, de disparitions. Donc, il s’agit pour nous d’auditionner les témoins. Surtout ceux qui veulent bien collaborer ou témoigner. Cela nous permet d’établir les faits, de dégager les responsabilités et de proposer les recommandations.

Avez-vous vraiment une marge de manœuvre ?

Ne subissez-vous pas de pression ? Le volume du travail est très important et il faut pouvoir supporter. Mais, il n’y a pas de difficultés majeures. Je n’ai pas du tout rencontré d’obstacles en dehors du volume du travail.

Vous avez accusé un grand retard, pourquoi cela ?

La commission a été créée le 02 avril 2008. Il fallait trouver un local, établir le mode de fonctionnement, un budget, le règlement intérieur. La commission ne pouvait travailler sans que ces conditionne soient remplies. Le travail a commencé début mai. Et en deux mois nous avons énormément avancé.

Pensez-vous pouvoir finaliser le travail dans le délai requis ?

L’idéal c’est de rester dans ce délai. Aujourd’hui nous sommes avancés et je ne nourris aucune crainte. Mais, dans ce genre de travail, rien n’est jamais terminé, une enquête appelle une autre enquête. Une question peut surgir qui peut nécessiter une prorogation. Il peut y avoir de rebondissements à tout moment.

Votre travail sera-t-il soumis au gouvernement ?

Le chef de l’Etat est le destinataire, c’est lui qui aura la primeur. Maintenant, il peut faire du rapport ce qu’il veut, le publier ou non. C’est un autre débat ! Mais nous pensons qu’il portera le rapport tel quel, sans aucune modification, à la connaissance du public.

En écoutant certaines personnes, on a l’impression qu’il se pose un problème d’information et de sensibilisation du public.

Les gens croyaient qu’en venant se faire auditionner, ils seraient dédommagés. La commission établit les faits, les responsabilités et formule des recommandations. C’est au gouvernement de prendre ses responsabilités.

Cela suppose-t-il que les gens peuvent éventuellement avoir droit à des indemnisations ?

Il y a des gens dont les biens ont été détruits. Ces gens viennent se faire auditionner. Toutefois, il y aura une descente sur le terrain pour faire le rapprochement entre ce qui est dit et les dégâts subis. Maintenant il va falloir qu’à la fin, des recommandations soient faites pour demander au gouvernement d’indemniser les victimes. A ce niveau, ce ne sera plus le travail de la commission.

Certains citoyens doutent de l’autonomie et de la crédibilité de la commission, qu’en dites-vous ?

On ne peut vouloir une chose et son contraire à la fois. Tout le monde a réclamé la vérité. Il voulait savoir où est M. Ibni Oumar Mahamat Saleh. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Qui a enlevé M. Lol ? Où a-t-il été séquestré ? Qui sont les auteurs des centaines de morts ? Tout le monde voulait que la lumière soit faite sur ce qui s’était passé. Lorsqu’on dit que telle ou telle personne a commis tel ou tel crime, ce ne sont que des affirmations. Il faut qu’il y ait des gens qui creusent pour faire jaillir la vérité. C’est vrai, dans une société, il y a des sceptiques, des optimistes, etc. Mais, il faut éviter les supputations et les spéculations et faire confiance à la commission. On jugera la commission au résultat !

Qu’en est-il aujourd’hui du cas de Ibni ?

L’une des règles cardinales de la commission c’est la confidentialité. Attendez le résultat du rapport.

Avez-vous un dernier mot ou bien une préoccupation particulière ?

L’ampleur des atteintes aux droits de l’Homme lors des affrontements des 2 et 3 février a été très importante. S’il y a des personnes victimes qui ne se sont pas encore manifestées ou qui ne sont pas au courant de l’existence de la commission, qu’elles se rapprochent d’elle. Il y a aussi des gens qui ont peur, qu’ils dominent leur peur pour venir se faire auditionner. Car la vérité éclaire. Ces témoignages nous permettront d’être à la hauteur des attentes.

Propos recueillis par Ndjénodji Mbaïdédji Frédéric

Publié dans SOUTIENS POLITIQUES

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