Mathématiciens (morts) sous la torture et mensonges d'État

Publié le par Liberté pour IBNI OUMAR

Par Michel Broué, Mathématicien.

Mensonges énormes, mensonges scandaleux, mensonges insupportables.
À cinquante et un ans d'intervalle, deux hommes, tous deux mathématiciens engagés en politique, sont morts sous la torture. Les autorités françaises connaissent la vérité sur ces crimes, en connaissent les auteurs, et le cachent — depuis cinquante ans pour l'un, depuis quelques mois pour l'autre.

Audin.jpgMaurice Audin, enseignant de mathématiques à l'Université d'Alger et militant communiste, est arrêté par les hommes du 1er régiment de parachutistes le 11 juin 1957. Il a alors 25 ans, et deux enfants. Selon l'enquête de l'historien Pierre Vidal-Naquet, il est assassiné sous la torture le 21 juin 1957 par le lieutenant Charbonnier, officier de renseignement servant sous les ordres du Général Massu.
Depuis lors la version officielle de tous les gouvernements français, et de l'armée, est que Maurice Audin s'est évadé, et a disparu. Depuis cinquante ans, sa veuve, Josette Audin, demande la vérité. Depuis cinquante ans, elle se heurte à l'omerta cynique du mensonge d'État : "évadé". Irrespect obscène des droits des vivants à savoir, à pleurer, à penser aux morts.
On a décoré Charbonnier de la Légion d'Honneur, et depuis cinquante ans, consciemment et officiellement, on triche avec la vérité.

Ibni-Oumar-Mahamat-Saleh.jpgIbni Oumar Mahamet Saleh, 59 ans, mathématicien, professeur à l'université de N'Djamena après des études supérieures à Orléans, ancien ministre, leader de l'opposition démocratique tchadienne, est enlevé à son domicile le 3 février 2008. On ne l'a plus revu depuis. Silences et dénégations des autorités tchadiennes, bizarreries et retards répétés dans les commissions d'enquête... On le dit pourtant mort sous la torture, et des détails commencent à sourdre. On dit qu'il a été battu et maltraité dès son arrestation. On dit qu'il a été tellement torturé, par des bourreaux prenant des ordres par radio, qu'il est tombé dans le coma et qu'on l'a laissé mourir. On dit que son décès aurait été constaté par un Français.
"On dit " ? Le gouvernement français, lui, dit qu'il ignore tout du sort de Ibni Oumar. Mais on sait les liens unissant le Président tchadien au gouvernement français, et pas une seconde on ne peut croire que les services français ne sont pas au courant. Pas une seconde.
Et si les services savent, le Président de la République sait.

Sur ces deux crimes, le Président de la République doit dire ce qu'il sait. Lors de ses vœux, il nous a parlé de son obligation à “faire ce qu’il a dit et à nous devoir la vérité, toujours”. Il doit en tout cas dire ce qu'il sait, il doit dire la vérité, maintenant.

 

 

Le 9 août 2008,

Michel Broué.

Publié dans SOUTIENS POLITIQUES

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