La vérité confisquée par une poignée de voyous

Publié le par Liberté pour IBNI OUMAR

La vérité confisquée par une poignée de voyous

Assafi Moustapha


Le rapport de la LTDH, s’il est un exercice louable pour justifier l’existence de cette organisation mourante, part avec des insuffisances dès le départ. Malgré l’énoncé de la méthodologie d’enquête en page 3 dernier §, il y a encore beaucoup de rapportage de rumeurs dont le fondement n’était pas établi dès les premiers jours des évènements. C’est pourquoi la LTDH elle-même semble douter de la confirmation de nombre de faits corroborés par la commission officielle et la capacité et l’indépendance de celle-ci en affirmant, page 21 : « Certaines  d’entre elles [ADH], dont la LTDH, ont décidé de prendre leurs responsabilités en [décidant] d’y participer afin d’en tirer le maximum d’informations et d’éclaircissements auxquels les tchadiens et la communauté internationale ont droit».

 

Tout est dit : on affirme des choses qu’on ne maîtrise pas et on va plonger dans la gueule du loup pour fouiner ? Seulement, cette stratégie bizarre et opportuniste a son revers aujourd’hui : ces ADH sont parties prenantes à part entière de ce rapport officiel et ne pourront se débiner quand les observateurs l’auront suffisamment épluché et démantelé. On sait qu’il y avait de gros sous en dessous : 700 Millions CFA de budget pour la commission et des membres proches du pouvoir (le président lui-même d’ailleurs Me Djaïbé), parait-il. Les faits relevés peuvent être classés grosso modo de la manière suivante : 1) les faits purement militaires (combats et moyens utilisés), 2) les règlements de compte, 3) les actes de vandalisme, et 4) les menaces réels ou supposées ciblées.

Concernant les faits militaires, le rapport pêche par disproportion en affirmant que « les nombreux morts et blessés… résultent principalement des bombardements des hélicoptères des troupes gouvernementales… ». Les hélicos ont certes touché des cibles telles que la radio nationale, la BEAC, le marché central principalement, amis dans la réalité vécue, les destructions ont plus été opérées au sol par les milliers de badauds sortis de tous les quartiers et profitant de l’avancée des rebelles pour tout ravager sur leur passage. D’ailleurs ce sont les rebelles qui poussaient les civils au pillage, en disant : « prenez tout, il y a l’argent du pétrole ».

Malheureusement, ces pillages se déroulaient sur les lignes de front alors que l’issue des combats était incertaine. Ainsi, de nombreux civils ont péri, pris en tenailles entre deux feux au moment des pillages. Le fait de stationner leurs véhicules lourdement armés et de tirer sur les hélicos à proximité des habitations, les rebelles ont eux-mêmes exposé la population civile aux tirs ratés des pilotes mercenaires. Les règlements de compte, dont quelques faits ont été répertoriés dans le rapport LTDH, ont montré l’ampleur du chaos et des ressentiments prévalant après les 2 jours d’occupation rebelle : c’est entre personnes connues (voisins véreux, parents jaloux) ou renseignées sur les pilleurs de leurs biens. Beaucoup de militaires restés en civils aux quartiers (parce que seuls les zagawa et les goranes combattaient!), sont sortis de leurs caches après le retrait des rebelles et ont profité du désordre pour s’approvisionner sur tout ce qui bouge.  Les actes de vandalisme massif opérés d’abord par les civils, ont été imités ensuite par les militaires mobilisés pour les fouilles. Malheureusement, des voisins et innocents ont payé. Beaucoup ont fui au Cameroun et en province pour avoir participé de manière trop flagrante au vandalisme. Ces éléments n’ont pas été suffisamment soulignés dans leur ampleur réelle par le rapport LTDH.


Concernant les leaders des ADH « menacés », le rapport LTDH lui-même doute de ces affirmations des intéressés en utilisant plusieurs fois l’expression « semble ». Ce qu’on sait à N’Djaména, c’est que les leaders des ADH avaient profité de l’évacuation des étrangers pour obliger les forces françaises à les évacuer sur de craintes et non de faits réels. Le cas de Dobian Assingar, dont le domicile est situé dans la zone rouge allant du lycée Sacré-Cœur au domicile de Yorongar sur l’avenue Kondol, soit environ 400 mètres où se sont déroulés des âpres combats entre rebelles en grand nombre et forces loyalistes venant de la Cité de l’Afrique en bordure du fleuve Chari. Sur cet axe, il y a beaucoup de personnalités publics de tous bord, telles que Mme Virgo, Haroun Kabadi, Général Gouara, et d’autres. Plusieurs véhicules militaires ont été détruits et les maisons riveraines ont souffert des impacts. Mme Virgo était la plus exposée (proximité des combats) et pourtant elle est une proche du pouvoir en place ! Personne n’a signalé à chaud des menaces contre Dobian [et nous avions visité et encouragé sa femme à la maison abandonnée à elle-même].

Affirmer des choses fausses pour justifier un soutien de parrains extérieurs est contre l’éthique des ADH ! La fuite précipitée de certains leaders des ADH dans la panique collective et leurs déclarations hasardeuses et excessives sur les médias occidentaux ont créé un malaise auprès de leurs collaborateurs restés chez eux durant la période la plus chaude de février. Ce qui est par contre vrai, ce sont les menaces contre les hommes de presse et contre Me Padaré qui avait courageusement introduit une plainte au moment critique, en faveur du PLD. Un personnage ombrageux et très zélé, Mr Doumngor, est l’un des instigateurs de ce climat de terreur contre la presse en tant que Ministre de la Communication et promoteur de l’ordonnance 5 assassine de la liberté de presse.


Dans la liste des leaders des ADH cités en page 18, il y a manifestement un bourrage car ni Massalbaye ni Lazare Djékourniga n’ont fui et Massalbaye était le seul à se présenter à la délégation de Sarkozy arrivée précipitamment à N’Djaména. On voir bien l’insuffisance de ce rapport dans la partie consacrée à Dr Ibni où rien de nouveau n’est ressorti. Si les enquêteurs avaient bien travaillé, ils auraient pu interroger des proches de Ibni pour donner des détails plausibles sur son arrestation. Ces éléments sont la clé de l’énigme. Malheureusement ni la LTDH ni la commission officielle n’ont fourni le bon effort avec la bonne méthode pour coincer les auteurs. Il était donc impensable que IDI et les vrais gérants de la situation répondent du concret aux interrogations d’une commission officielle mise en place, financée et contrôlée largement par eux.

On pourrait accepter les recommandations du rapport, puisque la LTDH s’y remettait totalement à la commission officielle ? Ce qu’on dirait en conclusion, tout ça était une bonne distraction pour cercles d’initiés. Cela laisse un goût amer sur la précarité de la situation des hommes publics au Tchad, comment on peut se gausser de la naïveté de l’opinion et faire des manipulations sordides avec des drames. Comment quelqu’un d’aussi important comme Dr Ibni peut disparaître sans laisser de trace, et qu’on incrimine vaguement une institution, l’armée qui n’existe pas pour faire bonne figure auprès de son chef qui avait affirmé « s’occuper des opérations militaires sur le terrain » les 2 et 3 février dernier. Si Lol Choua était pris sur « le champ de bataille » qui était simplement son arrondissement de résidence, dans quelle autre zone « non militaire » se trouvait Ibni pour ignorer tout royalement jusqu’à son terrible sort ?


Vraiment c’est un miracle que j’ai survécu moi-même durant ces évènements, quand je réfléchis avec du recul. Je me dis même que Dr Ibni a payé pour tous les leaders d’opinion pour qu’on continue encore à jouer ces comédies ! Courage à Hicham son fils et à sa famille, on fera le vrai deuil quand la vérité confisquée par une poignée de voyous sera dévoilée dans toute sa froideur.

Assafi Moustapha

Am-Habilé

Tchad

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