Ibni Oumar Mahamat Saleh et le Groupe Mahamat Camara ou GMC

Publié le par Liberté pour IBNI OUMAR

Le mois de février 2009 s’est passé sans que les tchadiens n’aient réussi, une fois de plus, à dépasser leurs clivages afin de faire l’unité autour d’une commémoration unitaire de sa disparition et de celle des autres victimes des évènements de février 2008. A l’occasion de ce 11 août, Bololo fait une ouverture sur un aspect important de son action politique : le Groupe Mahamat Camara ou GMC. Pour contribuer aussi à lancer un débat d’ensemble sur son action, sur un pan encore resté caché de l’histoire du Frolinat.

 

Du fait des conditions de lutte de l’époque, la grande majorité des structures organisationnelles du Frolinat étaient inévitablement clandestines, en milieu urbain au Tchad ou à l’étranger. Les étudiants ou stagiaires tchadiens en France, militants du Frolinat, n’échappaient pas à cette règle et se sont organisés diversement, selon la durée de leur séjour en France.

 

Ibni Oumar Mahamat Saleh était de ceux-là et a très tôt, après son arrivée en France, contribué à fonder une structure de mobilisation et de soutient, avec d’autres camarades. Notamment Nadji Bassiguet, décédé en 2002. C’était le Groupe Mahamat Camara, (dont le premier noyau de concertation serait constitué dès 1973 et) qui avait commencé à s’organiser à partir de 1975.

 

Mahamat Camara, était un professeur de mathématiques, ayant étudié à Brazzaville, militant du Frolinat et membre d’un des multiples réseaux clandestins de N’djaména (à l’époque Fort-lamy). Arrêté, torturé, il est mort dans les geôles de Tombalbaye, probablement en 1971.

 

En hommage à sa mémoire Ibni Oumar Mahamat Saleh et les autres fondateurs décidèrent, de nommer le groupe des étudiants et stagiaires : Groupe Mahamat Camara. Ibni a été désigné par consensus Coordinateur du GMC.

 

Le groupe va ensuite s’élargir et se fédérer avec d’autres groupes d’étudiants et stagiaires tchadiens d’Afrique et d’Europe. Le GMC sera notamment présent en France, au Congo-Brazzaville, en URSS et autres pays d’Europe de l’est.

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Les objectifs du GMC ? Participer à l’action politique du Frolinat, à sa définition, à sa clarification. A la diffusion et à la défense des objectifs du Frolinat, à la mobilisation et formation de ses militants. Pour bien sûr contribuer à l’avènement de la Révolution.

 

La Révolution ? Les débats étaient enflammés, parfois rudes. Avec tous les espoirs qui y étaient liés, comme souvent partout. Avec ses aléas aussi. Tous les projets de révolution en ont généré. Les aléas, citons en un pour notre propos. La division, les divisions.

 

Les divisions politiques, idéologiques, organisationnels. Ibni a su les gérer, a su garder les liens avec ses camarades, même en cas de division, de séparation politique ou idéologique jusqu’aux gouffres dans lesquels s’est effondré ensuite le Frolinat. Par tempérament, par nature, par principe, toujours calme, posé, lucide, ouvert.

 

Cette présentation a été choisie pour en arriver à dire ceci : dans les méandres organisationnels ainsi que politiques du Frolinat, le GMC a aussi côtoyé d’autres militants ou structures estudiantines du Frolinat sans les avoir intégrés.

 

Pour dire aussi qu’Ibni a décidé de rejoindre les maquis du Frolinat en 1978, en passant par la Libye, avec d’autres camarades, au moment où les clivages, les divisions au sein du Frolinat se sont accentuées, pour contribuer à un redressement politique et organisationnel. C’est plusieurs années de luttes, de débats, de difficultés qui sont ainsi très vite résumées par une phrase.

 

L’année 1978 sera très importante pour le Frolinat. La crise fatale couvait déjà depuis le Congrès des FPL de Karanga de 1977, malgré les victoires militaires. Les différentes branches armées du Frolinat vont s’opposer puis s’affronter. Des fractions de la Deuxième Armée devenue Forces Armées Populaires vont effectuer un travail de sape et de blocage des autres branches. La Première Armée (Forces Populaires de Libération, FPL) parce que plus ancienne et politiquement mieux assise sera la plus visée. Le Frolinat va s’autodétruire. De par ses faiblesses internes. Utilisées aussi contre lui-même de l’extérieur.

 

Voici un épisode dramatiquement révélateur. Au cours de cette année un convoi de camions transportant, à partir de Koufra (Libye), armes, matériels, militants, est dirigé par le groupe d’Ibni pour rejoindre les maquis de la « Première Armée » dans les maquis du centre (Ouaddaï, Guéra et Salamat). Le convoi est complètement détruit, tous les militants massacrés, dans un défilé du massif montagneux de l’Ennedi, dans la région de Bao. Le groupe d’Ibni a échappé à ce massacre grâce à une énorme chance. Les membres du groupe avaient oublié des bagages ou du carburant. La voiture est repartie pour réparer l’oubli à Koufra (Libye). C’était leur chance. Les voitures avancées du convoi ont été détruites, leurs occupants massacrés, par un détachement des FAP, à l’insu de la direction politique, du moins à l’insu d’une partie de la direction politique. Car le responsable du massacre était l’un des cadres les plus importants de la direction politique FAP, très connu, toujours en vie. Comme l’omerta sur les massacres internes du Frolinat continue, nous ne citerons pas le nom.

 Mais il faut aussi ajouter ceci. Un des membres du détachement FAP responsable de l’attaque est un ancien membre du GMC. Il quitte le groupe d’attaque et réussit à arrêter la voiture revenant de Koufra avant son entrée dans le défilé et dissuade ses occupants de continuer leur voyage. Ils rebroussent chemin et repartent en Libye. Ce cadre est Mahamat Ali Younous dit Jackson. Il était resté toujours fidèle à ses idéaux. D’où sa conduite. Mais dans les multiples nasses des FAP, il ne pouvait pas grand-chose. Arrivé en février 1979 à N’djaména, il meurt aux combats de mars 1980 opposant les FAN aux GUNT. Dans le même mois deux autres militants du GMC ayant rejoint les FAP et la 1ère Armée meurent : ce sont Salah Agni, de la section France, et Abdoulaye Tahir, de la section Brazza. La stratégie d’intégration et de redressement politique du Frolinat mise en place par le GMC subit ainsi, malheureusement, trois pertes importantes. L’échec était déjà en pointe, mais en 1980 les espoirs étaient encore tenaces pour beaucoup encore. 

Pas pour Ibni. Il revient, avec notamment Nadji Bassiguet, en France. Des réunions de travail avec le Bureau du GMC en France, en concertation avec les sections GMC encore en activité font le bilan de la lutte : il faut se l’admettre, c’est dur, mais la lutte du Frolinat est un échec. Le GMC ne répond plus du Frolinat. C’était en 1979. Quel objectif  maintenant ? Créer le Parti Communiste Tchadien pour continuer la lutte. La question avait été déjà évoquée en 1978, quelques mois après le Congrès des FPL de Karanga, mais le doute persistait, tant les espoirs de redressement demeuraient encore. Les statuts et le programme, encore en instance, sont adoptés, diffusés. Le projet ne pourra être mené à bien car la dispersion des militants était déjà trop avancée. C’est une autre histoire.

 

Ibni Oumar Mahamat Saleh décide alors de s’exiler en Algérie puis au Niger pour ne pas participer au délabrement en cours du Frolinat. Nadji Bassiguet reste en France.

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Les mérites de Ibni Oumar Mahamat Saleh ? En restant uniquement dans le cadre du GMC, citons : continuer d’étudier en France, assumer ses taches de militant et prendre des risques. Notamment faire des voyages clandestins, parfois à Alger, ou en Suisse pour rencontrer le Secrétaire Général du Frolinat, Abba Siddick, ou tout autre responsable politique. Dans les années 1970, ce n’était pas du tout évident, ni donné à tout le monde de le faire. Principaux risques ? DST, SDEECE, en France, Direction de la Documentation de N’djaména. Combien n’en avaient pas peur ? Lui et d’autres ont réussi à le faire.

 

L’histoire et le bilan du GMC ne relèvent pas de notre propos. Le cloisonnement des anciens devra être bien levé un jour pour y parvenir. Mais pour la mémoire d’Ibni et de ses autres camarades morts, il faut relever que l’action la plus positive et la plus remarquable du Groupe a été surtout la diffusion et la médiatisation politiques du Frolinat. Le tour de force a été de réussir à le faire, tactiquement, sous le couvert des organisations estudiantines et ou stagiaires, en particulier de l’Union Générale des Etudiants et Stagiaires Tchadiens (UGEST) et du GIT (Groupe d’information sur le Tchad), composé des membres du GMC et de militants français. La diffusion des brochures, communiqués, articles du Frolinat, la projection de films ou diapos sur le Frolinat sont à mettre surtout à l’actif des sections européennes et africaines du GMC et du GIT.

 

Autre tour de force, réussir à rester clandestin. Jusqu’à ce jour le GMC ne figure dans aucun ouvrage ou article concernant le Frolinat. Le principe de clandestinité a été gardé y compris par les militants français du GIT en dépit de leur appréciation critique sur l’évolution ultérieure du Frolinat. Au point que même jusqu’en 1996 Robert Buijtenhuijs, l’historien le plus reconnu du Frolinat n’en avait jamais encore entendu parler. Même après avoir rencontré plusieurs membres fondateurs du GMC ou du GIT. Il l’a reconnu personnellement. L’explication de ce silence est de nature, relativement, peut être politique. Aux concernés de s’en expliquer.

 

Nous avons tenté de faire une esquisse politique de Ibni Oumar Mahamat Saleh, en citant aussi quelques uns de ses camarades politiques. Délibérément les citations ont porté sur des militants défunts. Pour leur rendre aussi hommage et honneur. Parce qu’ils le méritent tout aussi bien. Ils ont sacrifié, su sacrifier leur carrière professionnelle, universitaire, dans la dignité, sacrifier leur vie, l’avenir de leur famille. Ils sont nombreux : Ibni Oumar Mahamat Saleh bien entendu, Nadji Bassiguet, Mahamat Ali Younous Jackson, Salah Agni, Aboubakar Cherif, pour le GMC France. Brahim Youssouf Djouweyli dit Ben, qui a rejoint le Frolinat en 1977, membre du Conseil National de la Révolution des Forces Armées Populaires (FAP), Abdoulaye Tahir de la Section GMC Brazza. Sans compter ceux qui étaient dans d’autres structures clandestines comme Ousmane GAM, et les dizaines d’autres anciens militants du mouvement étudiant sacrifiés dans les geôles de Tombalbaye et de Habré ou dans les différents déchirements inter-tchadiens : Docteur Noukouri Goukouni, Pierre Modingaral, Daniel Béguy, Sougui Dangaye, Ali Tahar, et tant et tant d’autres.

 

Paix à leurs âmes. Honneur et Hommages à eux.

 

La Vérité, la Justice, l’Histoire ne sont, ne seront jamais vaincues. Elles sont toujours rétablies dans leur droit par le temps et les générations futures.

 

SOURCE: http://www.bololo.net

 

La Rédaction

Publié dans SOUTIENS POLITIQUES

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dissertation proposal 29/08/2009 09:01

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