La France interpellée sur les disparitions d'Ibni Oumar Mahamat Saleh et Bruno Ossébi

Publié le par Liberté pour IBNI OUMAR

Par Thomas Hofnung (libération)

 

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L'un, Bruno Ossébi, était un journaliste indépendant, un franc-tireur de la presse congolaise qui, depuis Brazzaville, croisait la plume avec le régime de Denis Sassou Nguesso. L'autre, Ibni Oumar Mahamat Saleh, était considéré à N'djamena comme le chef de file de l'opposition au président tchadien Idriss Déby Itno.

Il y a deux ans, le premier mourait des suites de ses blessures suite à l'incendie à Brzzaville de l'appartement de sa compagne, quelques jours auparavant, dont les causes n'ont pas pu être déterminées avec certitude, aucune enquête sérieuse n'ayant été diligentée. La compagne d'Ossébi et la fille de cette dernière sont également décédées dans le sinistre.

Disposant de la double nationalité congolaise et française, Bruno Ossébi travaillait, entre autres, pour un journal en ligne local dans lequel il multipliait les révélations gênantes sur les turpitudes financières du régime de Sassou. Peu de temps avant sa mort, le journaliste avait aussi fait part de sa volonté de se porter partie civile dans l'affaire des "biens mal acquis", visant notamment le président congolais.

Deux ans après sa disparition, l'association Reporters sans frontières vient d'adresser une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy dans laquelle elle déplore l'inertie de la justice française vis-à-vis du décès suspect de l'un de ses ressortissants et appelle Paris à relancer l'enquête. Hier, la Lettre du continent révélait que le ministre de la Justice congolais était reçu à l'Elysée par Nicolas Sarkozy, après avoir vu son homologie français. Une entrevue inhabituelle, où l'on vraisemblablement plus parlé des "biens mal acquis" que de la mort de notre confrère...

Dans le même temps, la famille d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, soutenue par plusieurs parlementaires français (les députés PS et UMP  Gaetan Gorce et Françoise Hostalier, le sénateur Jean-Pierre Sueur), interpelle à nouveau les autorités françaises sur la disparition de cette figure de l'opposition tchadienne juste après une énième tentative de renversement du président Idriss Déby Itno.

De passage à N'djaména, fin février 2008, Nicolas Sarkozy s'était engagé à faire la lumière sur cette affaire, comme le rappellent les signataires d'une lettre ouverte au disparu, publiée sur le site de Rue 89, qui organisaient ce mercredi matin une conférence de presse à l'Assemblée nationale à Paris. Une commission d'enquête a certes vu le jour, rappellent-ils. Dans ses conclusions, celle-ci allait assez loin, imputant la disparition de l'opposant et sa probable élimination à l'entourage du président tchadien. Mais, depuis, aucune avancée notable dans cette affaire.

L'an dernier, les parlementaires français avaient obtenu le vote solennel et à l'unanimité d'une résolution de l'Assemblée nationale demandant que toute la lumière soit faite sur le sort réservé à Ibni, un mathématicien qui avait fait ses études en France et qui était très respecté dans son pays. Des experts internationaux, nommés par la Francophonie et l'Union européenne, sont chargés de relancer sur le terrain l'enquête.

Trois ans après la disparition d'Ibni,et deux ans après la mort de Bruno Ossébi, des associations et une poignée d'individus sont déterminés à briser la chape de plomb de la raison d'Etat dans ces deux affaires.

 

photo Reuters: Le président tchadien Idriss Déby Itno reçu à l'Elysée en mai 2010.

Publié dans FRANCE ET TCHAD

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