Tchad: Ibni Oumar, un disparu difficile à oublier

Publié le par Liberté pour IBNI OUMAR

Par Sonia Rolley - 04/02/2011

Le 3 février 2008, Ibni Oumar Mahamat Saleh, l'un des principaux opposants tchadiens, disparaissait à N'Djamena

 

Ibni Oumar Mahamat Saleh était l'un des principaux opposants tchadiens. Il a été arrêté le 3 février 2008 par l'armée, au lendemain d'une attaque rebelle sur la capitale, N'Djamena. A l'occasion du troisième anniversaire de sa disparition, un groupe de députés français a de nouveau interrogé le Quai d'Orsay. Régulièrement, ils rappellent Paris à ses obligations. Pourquoi ne l'oublie-t-on pas au Tchad, comme en France; ce n'est pourtant pas l'unique opposant porté disparu sur le continent africain? Si Ibni Oumar sait se rappeler à notre bon souvenir, c'est qu'il était l'un des principaux opposants de son pays. Son parti était membre de l'International socialiste. Des députés comme celui de la Nièvre, Gaëtan Gorce —le nouveau vice-président de la Commission des droits de l'homme à l'Assemblée nationale— qui ne sont pas des africanistes à l'origine, ont été ainsi amenés à s'intéresser à la situation au Tchad, et à ses relations très ambiguës avec la France. Ibni Oumar était également mathématicien, il avait fait sa thèse à l'Université d'Orléans. Sa disparition a provoqué un certain émoi dans le milieu scientifique et universitaire français. En témoignent les pétitions, messages sur les blogs de ses collègues de l'Hexagone depuis le 3 février 2008, le jour où des militaires sont venus l'arrêter chez lui. C'est aussi parfois, et peut-être trop peu ça, la relation privilégiée entre la France et l'Afrique.

 


Le disparu, le Pr. Ibni

Une vague d'arrestations encore obscure
Ibni Oumar Mahamat Saleh est arrêté avec deux autres opposants en fin d'après-midi le 3 février 2008, à son domicile à N'Djamena. Les rebelles sont déjà en train de quitter la capitale; ce coup de filet est donc mené par l'armée tchadienne. Ce fait sera d'ailleurs établi par la commission d'enquête tchadienne et les experts étrangers qui lui seront associés. A ce moment-là, la plupart des dirigeants du régime ont fui ou se sont cachés. Seule la présidence a résisté à l'attaque rebelle. Idriss Déby s'y trouve avec quelques-uns de ses proches. Cette commission d'enquête souligne d'ailleurs que cette vague d'arrestations n'a pu se faire sans implication des plus hautes autorités militaires du pays, et que la question de l'implication du chef de l'Etat, Idriss Déby, se pose. Fait embarrassant pour Paris, des coopérants militaires français étaient durant tout le week-end dans le centre opérationnel de la présidence, qui coordonne les actions de l'armée tchadienne. Depuis, la famille d'Ibni Oumar, comme le groupe mené par le député Gaëtan Gorce, ne cesse de s'interroger: que sait précisément Paris?

 

Une affaire embarrassante
Le député Gaëtan Gorce se saisit de ce dossier. Il veut alors faire la lumière sur le rôle de Paris dans cette affaire. Il obtient dans un premier temps l'audition par la Commission des affaires étrangères de l'Ambassadeur de France à N'Djamena, Bruno Foucher, et du successeur de Michel Doucin, l'actuel ambassadeur de droits de l'homme, François Zimmeray. Mais c'est un véritable parcours du combattant. Comme chaque dossier touchant à la Françafrique, cela crée des réticences à droite, comme à gauche. Son acharnement finit par payer. Il obtient l'an dernier le vote à l'unanimité d'une résolution de l'Assemblée nationale demandant au gouvernement français que toute la lumière soit faite sur le sort réservé à Ibni Oumar. C'est une première en France. Cette procédure nouvelle à l'époque, fruit d'une révision de la Constitution, a été inaugurée avec le cas d'Ibni Oumar. Paris n'a alors eu d'autre choix que de faire pression sur le régime tchadien pour que des observateurs étrangers soient associés à la procédure judiciaire. Un an plus tard, en ce troisième anniversaire de la disparition de l'opposant tchadien, ils n'ont toujours pas commencé leurs travaux. D'où la piqûre de rappel de Gaëtan Gorce et de ses collègues députés. La France n'a probablement pas intérêt à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Publié dans FRANCE ET TCHAD

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