Nicolas Sarkozy cherche toujours la rupture en Afrique

Publié le par Comité de soutien aux opposants tchadiens

Le président de la République a effectué mercredi 26 février dans la soirée, une visite de quelques heures au Tchad, où l'on reste sans nouvelles de deux opposants arrêtés

Pour sa troisième visite au sud du Sahara depuis son entrée en fonction, Nicolas Sarkozy pensait initialement sortir du « pré carré » francophone. L’Afrique du Sud et l’Angola étaient les destinations prévues.

Mais un contentieux judiciaire avec les autorités angolaises a entraîné un report du voyage à Luanda, tandis que la tentative de renversement du président Idriss Déby au début du mois de février a motivé un nouveau déplacement au Tchad.

Nicolas Sarkozy a atterrit le soir du mercredi 27 février à N’Djamena pour une escale de quatre heures sur le chemin de l’Afrique du Sud. Au programme : un entretien avec Idriss Déby, une réception avec la communauté française (réduite depuis l’évacuation de la plupart des résidents occidentaux au début du mois), et un dîner avec les troupes françaises basées au Tchad.

Lol Mahamat Choua placé en résidence surveillée

Plus inhabituelle, une rencontre avec des représentants de l’opposition était annoncée. Cette opposition est décapitée depuis que ses trois principaux leaders ont été arrêtés le 3 février par des soldats tchadiens appartenant, selon des témoins, à la garde présidentielle.

Depuis, les autorités ont reconnu avoir détenu Lol Mahamat Choua, un ancien chef de l’État placé mardi en résidence surveillée à son domicile, en le qualifiant de « prisonnier de guerre », bien qu’il soit couvert par l’immunité parlementaire.

Des informations recueillies par La Croix laissent penser qu’il aurait pu être maltraité, sinon torturé, au cours de sa détention.

Deux autres députés toujours portés disparus

Deux autres députés arrêtés – Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition d’opposition, et Ngarlejy Yorongar, ancien candidat à la présidentielle – étaient toujours portés disparus mercredi ; le gouvernement tchadien, relayé par le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, affirme que Ngarlejy Yorongar est « réapparu » mais « se cache », ce que démentent ses proches.

Vendredi 22 février, Bernard Kouchner avait affirmé que le Tchad devait remplir « un certain nombre de conditions » et notamment faire toute la « lumière » sur le sort des opposants pour qu’une visite présidentielle puisse être envisagée. C’est aussi le discours qu’ont tenu au président Sarkozy les représentants de six ONG reçus mercredi matin à l’Élysée.

« Nous avons exprimé notre désaccord sur ce voyage au Tchad, tant qu’il n’y avait pas d’informations sur les deux disparus », explique l’un des participants, Antoine Malafosse, délégué général du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Des informations troublantes ont été avancées mercredi par Amnesty International, selon lesquelles les autorités françaises auraient eu connaissance du lieu de détention des opposants.

Nicolas Sarkozy est rejoint par Louis Michel et Abdou Diouf

De son côté, Nicolas Sarkozy a mis en avant les promesses concédées par Idriss Déby : création d’une commission d’enquête « crédible » sur les disparus, incluant une « participation internationale », reprise d’un « dialogue politique » avec l’opposition.

À N’Djamena, le président français est rejoint par le commissaire européen chargé du développement, Louis Michel, et le secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf.

À l’Élysée, on ne nie pas la possibilité qu’Idriss Déby puisse être un jour poursuivi pour ses crimes devant une cour internationale, comme son prédécesseur et ancien mentor Hissène Habré. Mais cet argument passe derrière d’autres. « Ne pas y aller, c’était isoler Déby, l’abandonner à toutes les dérives, plaide-t-on. C’était le laisser seul face au Soudan, qui veut avoir les mains libres au Darfour. C’était abandonner les Tchadiens à leur sort. Qui d’autre peut tenir à Déby le langage de la vérité ?»

Minimisé l'appui militaire français au régime tchadien

Encouragé par d’autres dirigeants africains, souvent aussi mal élus que leur homologue, l’appui militaire décisif apporté par la France au régime tchadien (lire La Croix des 8 et 11 février) est minimisé par l’Élysée. « Pas une balle n’a été tirée » par un militaire français, affirme-t-on dans l’entourage du président, où l’on vante une « façon nouvelle » de gérer une telle crise.

Une vision des choses que ne partagent pas tous les observateurs. « On est dans la parfaite continuité de la manière dont le dossier tchadien a été géré depuis la fin des années 1970, estime Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS. Une fois encore, la France s’est mise dans le piège d’une alternative entre deux mouvements armés – celui mené par un président issu d’une présidentielle truquée et celui des rebelles. Il y avait pourtant une autre carte à jouer, depuis le début des années 1990, celle de l’opposition légale, même imparfaite, dont la France n’a pu empêcher la liquidation politique et peut-être, hélas, physique. »
Laurent D'ERSU

Publié dans SOUTIENS POLITIQUES

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